Aurélia Jaubert
Rebuts
2007-2017
bandes cousues, 400x7cm chaque
dessins, photos, fils, paillettes, matériaux divers
Rebuts
Il est rare que l’on perçoive le bruit de la machine à coudre dans un atelier d’artiste. Or, la visite dans l’atelier parisien d’Aurélia Jaubert offre la découverte, à coté d’un amas de papiers découpés, d’une grande imprimante destinée aux tirages de ses photographies grands formats et de l’antique machine à piquer qui a vu défiler plus d’un ourlet. En initiant, il y a plusieurs années, la série des Rebuts l’artiste n’avait qu’une idée très imprécise d’un résultat formel. Pratique intuitive, délassement en jachère, le mode d’exécution est celui d’une destruction lente et patiente qui consiste à découper en premier lieu tout un pan de sa propre vie, et de son activité, cisaillant quelques unes de ses anciennes toiles, de ses dessins, des plans, des cartons d’invitations, des tests de ses photographies actuelles ou passées et bien d’autres supports pour les assembler en de longues bandes verticales. Leur lecture, qui se rapproche de la pellicule de cinéma, est parcellaire tant le bandeau est volontairement stratifié d’images amoindries, de lettres typographiques tronquées, perforés de trous et enluminés de rajouts de papier calque et de fils cousus. Cette trame qui plagie, en s’en méfiant, ce que l’on nommait au 19e siècle de travail de dames vient plutôt affirmer, au revers de ses grandes photographies qui font l’objet d’expositions, une sorte de surexploitation un peu bohème, poétique et décidée de la matière iconographique et d’un flux d’images à recycler, à digérer, et à reformuler à la manière d’un organisme vivant. Il n’est donc pas étonnant que ces lais d’images invitent à des formes plus englobantes comme ici l’installation où le visiteur peut traverser l’œuvre pour s’y loger à l’intérieur. Cette part de métaphore autour de la confusion, du choix, du flux et du refus, nourrit l’œuvre d’Aurélia Jaubert selon le ferment de bien des pratiques contemporaines de la vidéo à la peinture contemporaine. Ses rebuts, à l’entendre bien, annoncent déjà, par le son du mot, son propos : ce rebus, qui doit être bu à nouveau, est une action nourrissante.
Laurent Boudier, Paris, janvier 2007
Ailes
2001
installation à la Ferme du Buisson
impressions jet d’encre sur papier calque contrecollées sur plexiglas 3 mm:
ailes bleues : 2(88 x 209,5 cm)
ailes rouges : 2(88 x 210,5 cm)
ailes roses : 2(88 x 175 cm)
ailes vertes : 2(88 x 190 cm)
Ailes
« Postiches emplumés pour se libérer des pesanteurs de ce monde. Allégement du corps garanti. D’un coup d’ailes vous vous sentirez déjà loin. »
Ces « ailes »: impressions sur papier calque contrecollées sur plexiglas, ont été spécialement conçues pour le «5éme week-end à la ferme» des Arts-sauts à La Ferme du Buisson (Noisiel) en sept 2001.
Réunis autour du thème «Chut(es) ou petits et grands cirques d’(h)auteurs» des artistes (plasticiens-conteurs-acrobates-musiciens…) ont travaillés afin de faire goûter au public le plaisir du vol, de la hauteur et du vide, sous la forme d’un parcours à travers leurs différents univers.
Pour cette installation, des miroirs étaient disposés devant chaque paire d’ailes, elles-mêmes suspendues dans l’espace par des câbles. En se plaçant devant les ailes, chaque visiteur était invité a apercevoir son propre reflet métamorphosé et a effectuer un petit parcours parmi les quatre différentes paires proposées.
Un dispositif sonore circulaire conçu par Frédéric Fleischer ponctuait cette installation.
Bulles
2002
tirages jet d'encre contrecollés sur carton sous verre
110cm x 110cm
Bulles
Sphères flottant dans un espace sombre, elles renvoient les reflets du spectre sous différentes formes, ondes lumineuses, chatoiements volatiles, et semblent n’étre qu’une délimitation arbitraire et transitoire d’un peu d’air emprisonné, une sorte de matérialisation légère et éphémère, prête a éclater soudain, sans laisser de trace.
Ces prises de vues de «bulles» ont été réalisées à l’aide de différents objets en verre.
C’est donc à partir d’objets familiers de notre vie quotidienne, verres, fioles, carafes, qu’il s’est agit ici de trouver un nouvel angle de vue, afin de leur révéler d’autres aspects, de nouvelles formes, de les rendre plus mystérieux, d’en faire naître par une mutation simple, créée par un autre regard, quelques bulles changeantes.
Ces images font partie d’un ensemble d’une dizaine de photographies numériques
Piliformes
1999
impressions jet d'encre contrecollées sur aluminium
réalisées avec le soutien de EPSON France
formats variables
piliformes
Ces images issues d’un travail photographique numérique, sont obtenues à partir de sculptures réalisées en fourrure synthétique et plâtre. Elles constituent un ensemble d’une vingtaine de panneaux.
Images semblant représenter des formes organiques de couleurs, de tailles et de volumes variés, elles composent en quelque sorte, une grande famille biologique.
Les tirages: impression jet d’encre à pigments sur papier photo de grands formats et contrecollés sur aluminium, tous de tailles différentes (d’une moyenne de 1m10 x 1m70), accentuent la variété des formes, et sont comme autant de portraits de personnages aux identités distinctes.
La fourrure, spécifique à chaque “personnages”, revêt diverses textures et couleurs, et ses contours jouent sur des zones de nettetés changeantes liées à la profondeur de champ.
Oscillations
2001-2006
Tirage jet d’encre contrecollé sur carton sous verre.
110×110 cm
5 exemplaires chaque
Oscillations
Les dessous des couleurs, par Balthazar Gibiat
Peintre et photographe, née à Paris en 1967, Aurélia Jaubert manipule par voie numérique des images où toutes sortes de matières – organiques, minérales, synthétiques – sont explorées. Elle restitue le produit de ses métamorphoses sur de grands tirages. L’outil informatique ne fige ni ne glace rien, il est au contraire ici au service d’une manipulation très physique des formes et des couleurs de l’inerte et du vivant. Dans cette série intitulée "Oscillations" , Aurélia Jaubert va chercher l’image au plus profond de l’image : ondes lumineuses, chatoiements colorés, noeuds et rhizomes qui semblent n’être que délimitations arbitraires et transitoires. Une sorte de matérialisation légère et rythmée de la couleur secrète des choses.
Nouvelles Hyperborées Continentales
2011-2013
impression jet d'encre et technique mixte (collages, pastel, feutre) sur papier.
série de 13 dessins:
10 : 50x60cm
3 : 140x110cm
Aurélia ou le mariage de la carte et
de la peinture
par Gérard Fromanger
Dans l’Histoire de l’Art, le mariage de la carte et de la peinture est toujours fusionnel. Ils ne font plus qu’un (oui, mais lequel ?) et c’est toujours la peinture qui gagne – quand la carte sert de modèle au peintre, elle perd tout son pouvoir de carte. Vidée de son sens, détournée de sa fonction, instrumentalisée par l’artiste, elle s’abandonne pour servir un projet plus vaste. Une fois la carte dans le tableau, plus jamais on y cherchera son chemin, mais sa présence intrigue, étonne ou confère une nouvelle dimension à l’ensemble.
Dans les tableaux de Vermeer, « La liseuse, en bleu », « Le soldat et la jeune fille souriant », et bien sûr dans « La peinture » (1658-1662), la carte de Hollande occupe la moitié de l’espace. En les regardant, je me retrouve en Chine populaire , en 1974 : dans tous les foyers paysans visités trônaient le portrait de Mao au centre d’une carte de Chine à sa gauche et d’une carte de Chine dans le monde à sa droite. Partout la carte comme une image du pouvoir. Le paysan chinois, la liseuse, le soldat, la jeune fille et le peintre ne font qu’un avec la carte. Jasper Johns peint ses « maps » avec la même touche sensible que Cézanne ses pommes et la Sainte Victoire. La peinture l’emporte sur une représentation scientifique des USA, sur un concept froid. Contrairement au titre de l’exposition de Jed Martin, le héros artiste-star de Michel Houellebecq dans « La carte et le territoire », le territoire est plus intéressant que la carte.
En 1970-1972, toujours dans le courant soulevé par les mouvements de mai 68 dans le monde, le peintre suédois Öyvind Fahlström (« world maps », anti-impérialistes) et le peintre italien Alighiero e Boetti (« Embroidered world maps, territori occupati »), réalisent d’immenses cartes du monde, peintes ou brodées, engagées et poétiques.
Au coeur de l’art contemporain, Pierre Joseph, en l’an 2000, travaille sur la mémoire et peint ce dont il se souvient d’une carte du métro parisien. Le tableau s’intitule « Mon plan du plan du métro de Paris ». Le résultat bouleverse mes certitudes. La carte a perdu de sa superbe, le plan son exactitude et sa nécessité. Le tableau est la peinture qui nous reste quand on a tout oublié.
La planète se réchauffe, les glaciers ne sont plus éternels, les icebergs fondent à toute vitesse, les surfaces continentales apparaissent, les hyperborées de l’extrême Nord naissent sous nos yeux. Les « cartographies imaginaires » d’Aurélia Jaubert sont les premières échographies de la gestation de la terre, les images neuves de la naissance de continents inconnus, les premiers cris de la planète qui enfante.
Pas de pleurs sur le vieux monde qui s’écroule. Pas d’angoisse sur les bouleversements à venir. La carte-pouvoir, la carte-peinture, la carte-engagée, la carte-mémoire ont épousé les idées de leur temps. Devant les bio-cartes-peinture d’Aurélia Jaubert j’assiste à l’origine, aux éruptions, aux coulées de lave, aux continents en fusion. Je découvre « le pays central luxe », « le déploiement pilote », « les monts muc-mac », « le grand désert Mirajo » et « les steppes grand-mère ».
Pour Aurélia Jaubert, depuis « Piliformes », « Bulles », « Albumines » jusqu’aux « Oscillations » et aux « Nouvelles hyperborées continentales », il s’agit toujours de la naissance de la forme et de la couleur dans l’image. On agrandit un détail, on zoome l’organique, on peint l’amniotique, on dessine avec précision les cellules, les bactéries, les larves qui deviennent hyperborées- papillons.
Aurélia, fascinée par le blanc qui sort de l’oeuf dans l’eau bouillante qui le cuit, y voit le monde en train de se refaire une nature, toute neuve, toute fraîche, encore humide des couleurs qu’elle peint.
Montauto-Siena
Février 2013
Albumines
2003
tirage jet d’encre contrecollé sur carton sous verre.
5 exemplaires chaque
formats variables
Albumines
Aux formes aléatoires de la nature et de la vie quotidienne:
reflets, bulles, déchets, débris divers, tessons, éclats, sur lesquels s’axe mon
travail depuis quelques années, viennent s’ajouter cette fois l’exploration
de ces reliefs bizarres que produisent les œufs lorsqu’ils éclatent dans l’eau de cuisson et laissent fuir leur albumine.
Les images présentées ici ont été obtenues à partir de blanc d’œuf poché.
Elles se présentent en une série de plusieurs photographies de grand format.
S’échappant en filaments liquides et translucides qui deviennent brusquement
solides et opaques, le blanc d’œuf se matérialise sous des formes très variées et souvent étranges.
Ces formes ensuite repeintes à l’aide d’encres de couleur, constituent encore là, une sorte de famille biologique ou botanique et sont comme autant de petits personnages aux particularités distinctes.
Les couleurs accentuent les effets de texture et de transparence de ces objets, sculptures “naturelles” qui rappellent les concrétions des cavernes, certains champignons
ou rhizomes, les germinations de graines, les cultures de cellules biologiques, les organes internes des animaux….
Le tirage photographique grand format intervient alors comme la source d’une dernière transformation, celle du rapport d’échelle.
Les zones de flou ou de netteté découlant de la profondeur de champ photographique
ajoutent encore à l’étrangeté de ces images qui peuvent aussi être lues comme une sorte de réflexion sur la métamorphose, l’incarnation, la forme et le résidu…
Bijoux de famille
2011-2015
150 dessins sur factures
21×29,7cm env
Bijoux de famille
Un jour en rentrant chez moi(j’habite un quartier où étaient regroupés les fournisseurs de pierre précieuses pour grands joailliers), j’ai trouvé quelques jolies piles bien empaquetées: des factures datant du milieu des années 60 aux années 8o.
Elles provenaient d’un fournisseur, aujourd’hui disparu, dont les clients n’étaient autres que: Cartier, Van Cleef and Arpels, Mauboussin, Boucheron, Chaumet, Bulgari..Tout l’éclat de la place Vendôme rejaillissait sur ces feuillets jaunis.
Ces vieux papiers ont somnolé quelques années dans l’atelier avant de retrouver une nouvelle vie.Ils m’ont permis de fabriquer ma collection personnelle de bijoux et pierres précieuses, mes « Bijoux de famille », petit clin d’oeil aux joyaux hérités de nos mères ou grands mères et aussi à l’expression française un peu grivoise bien connue.
Avec leurs chiffres parfois impressionnants et leurs dénominations toutes aussi fascinantes: brillants carrés, brillants ronds, brillants poires, brillants coeurs, rubis, rubis poires, émeraudes, diamants, saphirs, saphirs cabochons, perles fines,… ces factures ont fini par servir de supports à une série de dessin au crayon et aquarelle, ma collection particulière, mon coffre fort, ma caverne d’Alibaba.
Captchas
2014-2016
30 peintures / acrylique sur toile contrecollée sur contreplaqué
110x47cm
Captchas
"Les Captchas (Completely Automated Public Turing test to Tell Computers and Humans Apart ou capture), ces cryptogrammes du Web développés pour se prémunir contre les automates et autres robots malveillants, et les reCaptchas qui mettent à profit les capacités de reconnaissance des utilisateurs humains pour améliorer le processus de numérisation de livres(...)"
ont été traités ici comme des calligraphies, afin de créer une ambiguïté entre impression mécanique et peinture, entre robot et être humain.
extrait de: Aurélia Jaubert / Une capture de caractères , Editions les cahiers de la seine - Henri Lefebvre collection C-Zine
Lost in Hardiskland / rencontres de la Photographie Arles 2017
2013-2017
la série Lost in hardiskland a été sélectionnée pour le projet BY0paper organisé par les rencontres d'Arles 2017
https://www.rencontres-arles.com/fr/aurelia-jaubert
Tirages jet d'encre contrecollés sur dibond / 5 exemplaires chaque / 30x45cm
lost539
lost173
lost74
lost474
lost16
lost65
lost184
lost375
lost198
lost375
lost77
EXPOSITIONS
- expos en cours et à venir
- expositions passées
- 8 -> 12 avril, Private Choice, Paris
- 9 -> 12 avril, Art Paris / Galerie Pol Lemetais
- Sketch London 3 juin/20 juillet
- Mezcal Y Peyotl à la Pop Galerie de Sète
- Galerie Kamilla Regent Saignon
- Scenes d’interieur Galerie Stéphane Mortier, Paris 2023
- Église St Pierre Le Viger, Festival du lin et de la Fibre Artistique, Normandie 2022
- Les Cerfs Ailés, La Ronde 2022, Musée des Antiquités, Rouen
- 16TH International Triennial of Tapestry
- 3ème âge (le retour d’Ulysse) Atelier d’Alexandra Roussopoulos
- quotidien d’atelier EP7, Paris
- objet/textile Musée La Manufacture, Roubaix
- HORS LES MUR[S]UR LES MURS
- Flux & Remix
- super VHS /expo: παρεκκλήσι βουνό Παρνασσός
- Rencontres de la Photographie Arles 2017
- Super VHS / Lost in Hardiskland
- le rêve éveillé / mixtape I / galerie épisodique
- Biennale du Havre
- ailes: 9eme Courant d’art / Deauville
- ailes: Ferme du Buisson