Aurélia Jaubert

3ème âge (le retour d’Ulysse)
2018

Canevas assemblés et cousus

3m60x2m40

3ème âge (le retour d’Ulysse) 3m60x2m40

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

Des femmes piquantes

 

par Natacha Nataf

 

Ce n’est pas tout à fait les dimensions de la Tapisserie de l’Apocalypse mais ça s’en approche… Apocalypse joyeuse de Jésus en tutu et de Mickey reluquant la Vénus au miroir de Vélazquez, 3e âge (le retour d’Ulysse) déverse des siècles d’histoire de l’art et d’imagerie populaire sans que l’on sache très bien si la chronologie des événements importe encore. Comme dans une petite nature morte de Cézanne ou un grand collage pop d’Erró, ce gigantesque assemblage de canevas, glanés çà et là, affole le regard en se dérobant à toute perspective rationnelle. Plus proche des compositions médiévales dans sa narration, c’est un hommage aux «ouvrages de dames», déclare Aurélia Jaubert. Naviguant par-delà le bon et le mauvais goût, aurait-elle trouvé la clé des songes dans des pièces de brocante et des trésors de grenier ? En associant librement des motifs de galion et de geisha, de chatons et de dauphin, de ballerine et de paysage de Courbet, l’artiste nous embarque en tout cas dans l’imaginaire de femmes rêvant encore à des licornes. Des Penelope à la retraite qui n’attendent plus le retour d’Ulysse pour se remettre chaque jour sur le métier et se projeter dans un monde de beauté. Avec l’humour piquant qu’on lui connaît, Aurélia Jaubert entend, par un juste retournement des choses, exposer dans l’espace immaculé d’une galerie ou d’un musée cet univers grouillant nourri de Chardin comme de Walt Disney. Ces travaux d’aiguille n’intéressent personne ? Le plaisir des vieilles dames n’est pas sexy ? Peut-être. Mais il est ici beau comme la rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un paradis perdu. Comme un retour du refoulé qui charrierait avec lui des vies et des vies passées à s’évader par l’image du cercle clos du foyer familial ou de la maison de retraite. Et l’on repense aux quatre mots merveilleux de la Dame à la licorne :

«A mon seul désir».

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse) détail

3ème âge (le retour d’Ulysse)
2018

 

Cette tapisserie est fabriquée à partir de centaines de bouts de canevas récoltés ça et là.
Assemblés entre eux à la façon d’un collage, cousus en une sorte de patchwork, ces canevas forment une grande fresque.
Une fresque que l’on peut qualifier de « pop » puisqu’elle est constituée de centaines de références à l’imagerie populaire et à l’histoire de l’art.
Animaux et personnages y évoluent dans des paysages variés où printemps, été, automne et hiver se succédent en différentes profondeurs de champ.
Velasquez et Chardin y côtoient Mickey Mouse, Cézanne et Courbet y rencontrent la Dame à la Licorne, Jésus et une Geisha y frôlent dauphins sirènes et voiliers dans une forme de confusion des représentations, de grand bouillonnement très orchestré.

 

Cette œuvre que l’on pourrait également qualifier de collective puisque des centaines de petites mains y ont contribué, rend hommage, d’une certaine façon, à toutes ces femmes inconnues et à leur « ouvrages de dames ». Ils forment ici une œuvre globale.