Aurélia Jaubert

Ombres

2013-2014

11  digital prints : 62x96cm

2 digital prints : 62x180cm

5 exemplaires chaque

Le procédé photographique ne s’intéresse ici qu’à la trace du corps. Il en ignore la forme et son monde en multiples dimensions. Il en élimine la matière et n’en projette que les formes cachées.

 

En photographiant des ombres frontalement et dans un recadrage propre à chacune, sans tenir compte de leurs sources réelles, naît alors une sorte de peinture abstraite, composée de dégradés veloutés, désincarnée de son volume d’origine.

 

Ces dégradés emplissent l’image d’une consistance étrange un peu spectrale. Ils forment une sorte de nouvelle représentation équilibrée, un tout nouvel espace qui, ainsi que le suggérait Walter Benjamin évoquant l’agrandissement au cinéma, nous permet presque d’accéder à l’existence insoupçonnée des choses, « un espace ou règne l’inconscient », aux marges du visible.

 

Grâce à un cadrage serré qui lui permet de concentrer son regard sur un point précis agrandi et oublieux de son contexte, le spectateur s’immerge dans une dimension jusqu’alors inconnue où son inconscient recréera inévitablement des images, les icônes de son propre imaginaire, souvent bien loin de la réalité photographique originelle.

 

D’ailleurs, l’ombre ne désigne-t-elle pas parfois l'inconscient dans son ensemble ? Et au sens figuré ce qui est secret, caché, plongé dans l'oubli, ce qui est laissé dans l'incertitude ?